J’ai connu quelqu’un

« A mes amours anciennes, les seules qui durent.
[…]
Le rien-dire ne sauve pas, moi il ne m’a pas sauvé. Je crois même qu’il m’a enfoncée un peu plus dans la tristesse, le chagrin. Pour être tout à fait honnête, il m’a dévasté parce qu’il est peuplé d’images, le silence, de souvenirs impossibles à chasser, telles ces mouches importunes qui tournent autour du visage, qu’on tente d’éloigner avec de grands mouvements de bras, et qui toujours reviennent. Et puis, dans le silence, on est sans défense : les assauts n’en sont que plus blessants. Alors maintenant, j’essaie les mots, ça ne pourra pas être pire. Qui sait si, en parlant, je ne vais pas me délester de la douleur entassée ? Un peu. Pourquoi t’écrire à toi , me diras-tu ? Mais parce que des paroles sans destinataire ne sont pas vraiment des paroles. Sans écho, elles se perdent. C’est comme si elles n’avaient jamais existé. C’est écrire au vent, au désert, à l’abîme. Si personne ne m’écoute, autant continuer à me taire. Quelqu’un doit m’écouter. Et qui mieux que toi ?
Oui, qui mieux que toi ?
[…]
Ce sont les détails qui me crèvent le plus le cœur, ce sont les choses de presque rien, qui se produisent sans que je les prévoie, surgissent dans mon quotidien, qui me mettent à terre. 
[…]
Non, tu ne m’as rien laissé, que la mémoire. La mémoire, elle, freine les convalescences.
[…]
« Vous vous êtes tant et si mal aimés, tous les deux. » La phrase est venue comme un coup de grâce. Tombée comme un couperet. J’ai entendu le bruit de la lame quand, après sa course brève, elle sectionne les nuques. Tant et si mal aimés. Peut-on viser plus juste ?
[…]
Je me souviens de tout, avec une précision effrayante, en dépit des efforts gigantesques que je déploie pour tout oublier.
[…]
Tu sais cela, toi mieux que quiconque : ma fragilité devant l’irréparable, mon effroi devant l’inintelligible.
[…]
Ne plus être écrasée par les souvenirs mais apprendre à vivre avec eux, ne plus être écrabouillée par le chagrin mais le dominer, ne plus être dans le ressassement mais simplement dans l’effleurement. Ce serait bien alors. Je serais sur la voie de la guérison.
[…]
Les quelques alliés restés dans la place s’empressent de me signaler, sur le faux air de la confidence, que certains – mais pas eux, bien entendu -s’amusent à mesurer les variations de mon humeur, à soupeser mon malheur, à évaluer mes progrès en lisant entre mes lignes. Il s’en trouve même qui éditent mon bulletin de santé rien qu’en observant de plus près les textes que je propose. Les ignorants, oublient-ils que l’écriture est un travestissement, si on le décide ?
[…]
Je suis persuadée que tu ne m’as pas oubliée, tu n’es pas un magicien quand même, tu ne fais pas disparaître les gens, l’oubli n’est pas un événement qui se provoque, c’est seulement avec le temps que les êtres s’estompent, sans s’effacer entièrement du reste. Du coup, c’est un peu pénible, ta façon de m’éloigner, de me tenir à distance telle une pestiférée. J’y vois une inélégance, presque de la cruauté, pardon. Cela présente un avantage néanmoins : m’apprendre à t’en vouloir, certains soirs d’une trop grande fatigue.
[…]
Guérit-on jamais des hommes qui nous quittent ?
[…]
De toute façon, tous les exils sont illusoires, paraît-il, l’éloignement ne règle rien, et on ne finit jamais très loin du point d’où on était parti.
[…]
Seule avec ton souvenir, et ton absence, et ton silence, et l’écriture qui tente de les réduire.
[…]
Sans raison, je me pose cette question : te reconnaîtrais-je si je te revoyais ? Je veux dire : un être peut-il changer au point de nous devenir un étranger ?
[…]
Puisque nous ne nous reverrons pas. Puisque nous n’aurons pas l’occasion de mesurer sur l’autre les ravages du temps. Il est probable que même le hasard désormais ne nous remettra pas en présence. N’empêche, je conserverai ce regret : ne pas savoir précisément l’homme que tu es devenu. Alors tu demeureras, malgré toi, malgré moi, cet amoureux sans beaucoup de défauts. Certains jours, je m’en réjouis. Et d’autres, non. D’autres jours, en effet, ce constat me dévaste. Pourquoi ? Mais parce que, à certains égards, je le confesse, cela m’aurait arrangée que tu sois un peu détestable.
[…]
Rien ne me paraissait pire que de te perdre. Et je t’ai quand même perdu.
[…]
Je ne lui en ai rien dit. Au reste, je ne lui ai presque pas parlé de toi. Il connaît ton existence, bien entendu. Il sait le temps partagé, les amours chaotiques, la séparation. Je lui ai mentionné ton prénom, ta profession, ces choses à quoi on a recours pour définir les gens, pour les situer, mais guère plus. Je n’ai pas évoqué la violence des sentiments, ni celle de la rupture. Je n’ai pas dévoilé les raisons de mon exil, ni les lettres envoyées d’Amérique ou d’Europe. Il ne m’a pas particulièrement questionnée, je n’ai pas eu à lui mentir. Je me tais pour ne pas l’effrayer. Je ne voudrais pas qu’il me considère comme une femme friable, vulnérable, ni comme une malade pas vraiment guérie et susceptible de rechuter. Je lui dissimule les entailles profondes que tu as laissées, aussi bien celles qui me font souffrir que celles qui racontent nos étreintes passées. Ainsi il n’a pas à redouter que je me perde à nouveau. Je suis convaincue néanmoins qu’il a compris l’essentiel. S’il ne m’interroge presque pas, c’est parce qu’il dispose des réponses. Il ne mesure pas exactement l’ampleur des dégâts que tu as causés mais il la devine assurément lorsque, posant ses doigts sur ma peau, il épouse le creux de mes plaies. Ses caresses m’aident à les soigner, ces plaies, enfin.
[…]
Je sais que nous nous reverrons un jour. C’est fatal. Nous ne pourrons pas éternellement nous éviter. Le hasard nous remettra forcément face à face. Oui, disons le hasard, c’est commode, passe-partout. » Se résoudre aux adieux – Phillipe Bessonamour


« Mais dans ses yeux, je lis encore la tristesse de notre séparation, un détail auquel je ne suis pas habituée. Quand nous étions ensemble – surtout au début, quand tout était nouveau et débordant de promesses –, il n’y avait que du rire dans ses yeux. Je me demande si je suis l’unique responsable de cette joie disparue.
La serveuse pose nos boissons sur la table et s’éclipse. Jack me sourit et lève son verre. « Aux vieux amis », dit-il. 
Je contemple l’homme assis en face de moi, l’homme que j’étais sur le point d’épouser. J’observe ses joues rosées, son sourire un peu de travers, ses taches de rousseur sur les bras, ses ongles qu’il ronge encore jusqu’au sang. Il est si authentique. Et malgré son infidélité, j’aime beaucoup cet homme. Je l’apprécie vraiment, simplement. Certains amis sont comme un pull préféré. La plupart du temps, nous choisissons un tee-shirt ou un chemisier. Mais le pull est toujours là, au fond du placard, confortable, rassurant, prêt à nous réchauffer par ces journées ventées. Jack Rousseau est mon pull préféré.
« Aux vieux amis », dis-je en sentant s’installer en moi l’ombre de la nostalgie. Je la repousse aussi vite qu’elle est venue. Je suis avec Michael, à présent. » Un doux pardon – Lori Nelson Spielmanamour


« J’ai connu quelqu’un,  il y a longtemps. C’était un garçon ordinaire, sauf qu’il m’a
tapé dans l’œil dès que je l’ai vu. Il était gentil et tendre. J’ignore comment il a fait, mais au bout d’un flirt il a réussi à être le centre de l’univers pour moi. J’avais le coup de foudre toutes les fois qu’il me souriait, si bien que lorsqu’il me faisait la gueule quelquefois il me fallait allumer toutes les lampes en plein jour pour voir clair autour de moi. Je l’ai aimé comme c’est rarement possible. Par moments, au comble du bonheur, je me posais cette question terrible : et s’il me quittait ? Tout de suite, je voyais mon âme se séparer de mon corps. Sans lui, j’étais finie.
Pourtant, un soir, sans préavis, il a jeté ses affaires dans une valise et il est sorti de ma vie. Des années durant, j’ai eu l’impression d’être une enveloppe oubliée après une mue. Une enveloppe transparente suspendue dans le vide. Puis, d’autres années ont passé, et je me suis aperçue que j’étais encore là, que mon âme ne m’a jamais faussé compagnie, et d’un coup, j’ai recouvré mes esprits …
Ses doigts couvent les miens, les broient.
Ce que je veux dire est simple, Amine. On a beau s’attendre au pire, il nous surprendra toujours. Et si, par malheur, il nous arrive d’atteindre le fond, il dépendra de nous, et de nous seuls, d’y rester ou de remonter à la surface. Entre le chaud et le froid, il n’y a qu’un pas. Il s’agit de savoir où mettre les pieds. C’est très facile de déraper. Une précipitation, et on pique du nez dans le fossé. Mais est-ce la fin du monde ? Je ne le pense pas. Pour reprendre le dessus, il suffit juste de se faire une raison. »
L’attentat – Yasmina Khadraamour


« Il est tellement important de laisser certaines choses disparaître. De s’en défaire, de s’en libérer. Il faut comprendre que personne ne joue avec des cartes truquées. Parfois on gagne, parfois on perd. N’attendez pas que l’on vous rende quelque chose, n’attendez pas que l’on comprenne votre amour. Vous devez clore des cycles, non par fierté, par orgueil ou par incapacité, mais simplement parce que ce qui précède n’a plus sa place dans votre vie. Faites le ménage, secouez la Poussière, fermez la porte, changez de disque. Cessez d’être ce que vous étiez et devenez ce que vous êtes.  …
Mon coeur est blessé mais il se rétablit et j’entrevois de nouveau la beauté de la vie. Cela m’est déjà arrivé, cela m’arrivera de nouveau, j’en suis certain.

Lorsque quelqu’un s’en va, c’est que quelqu’un d’autre va arriver – je rencontrerai de nouveau l’amour. »  Le Zahir – Paulo Coelho


« Mais au fond de lui, il pensait exactement le contraire. Il savait que ce combat était illusoire. On ne peut pas liquider les souvenirs d’un simple coup de balai. Ils restent en nous, tapis dans l’ombre, guettant le moment où l’on baissera la garde pour resurgir avec une force décuplée » Demain – Guillaume Musso


« – Tu parles beaucoup de lui, et chaque fois que tu prononces son nom, ta voix est nostalgique, ça laisse peu de place au doute.
– À quel doute ?
– Aux tiens! Je crois que tu aimes cet homme et que ça te fiche une peur bleue.
– Viens, rentrons chez toi, je commence à avoir froid.
– Comment fais-tu pour avoir autant de courage pour les autres et si peu pour toi ? » Où es-tu? Marc Levyamour

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